Le paradis des poupées...

Publié le par LaPorteBleue - Danièle Antoniotti

 Je suis si fatiguée…

Je me pose sur mon lit et je souffle…

Je me sens partir doucement, j’entends le chat qui miaule au loin…

Nous faisons l’amour, je suis si bien…

Tu me regardes en souriant et me murmure : je dois partir maintenant…

Et tout devient flou… je te vois te lever, partir nu et passer à travers le mur…

Je n’ai pas le temps de comprendre, de m’apercevoir que je suis de retour dans la chambre de la maison aux yeux bandés, à la bouche muette…

Je suis inerte sur le lit, je voudrais crier, bouger mais impossible

Mes membres refusent de m'obéir, ma bouche de remuer

Je suis morte, mon corps est mort mais je vis à l’intérieur…

Je suis prisonnière à l’intérieur de mon propre corps !

Mais l’eau monte ! Oui de l’eau monte progressivement…

Atteint le lit !

Je ne peux pas souffrir si je suis morte, non je ne peux pas souffrir !

Pourtant j’ai si peur…

Une main se plaque sur ma bouche, appuie si fort que je m’enfonce dans l’eau qui bientôt me recouvrira totalement…

Je suis noyée dans mon corps, dans le liquide de mon propre corps qui se noie à son tour !

Oui… Je me noie dans cette chambre où les nuits m’arrachent du sommeil, m’arrachent du lit et me laissent épuisée…

Le jour, la nuit peu importe, je suis morte, oui je suis morte, je ne peux pas souffrir non…

Prisonnière de mon intérieur je me réfugie… oui ! C’est ça ! À l’intérieur la douleur ne peut pas m’atteindre !

Peu à peu ma peau se disloque, lambeau après lambeau…

Je suis une momie, mes bandages se déroulent…

Je vois le jour qui m’aveugle, mes yeux me font mal il faut les protéger pour ne pas montrer mon regard vide et surtout que rien n’y rentre !

Je veux aspirer de mes yeux que l’oxygène des images et des couleurs…

J’observe le coin de ma chambre et je raconte à ma poupée tout ce qui se passe…

Papa est rentré, maman cuisine, mamie tricote, j’ai ma poupée…

Papa est rentré, maman cuisine mamie tricote, j’ai ma poupée…

A ma poupée je lui raconte tout…

Je lui raconte mais elle n’a pas l’air de m’écouter, elle ne voit plus rien !

Mais…

C’est étrange, elle vit les mêmes mouvements que les miens…

Je peux lui arracher les cheveux elle ne sent rien…

Elle et moi ne souffrons pas ?

Peu à peu la poupée devient mon enveloppe charnelle, je « m’y » love à l’intérieur et continue à lui dire…

Hein Poupette ? Tu es là Poupette ?

Oui… Je vis protégée… elle peut subir elle ne sent rien… ma poupée est morte, elle est au paradis des poupées c’est ma maman qui me l’a dit…

 Alors je dois affronter… continuer… oui continuer

Ma poupée est morte désormais… je peux enfin aimer…

Publié dans Des Ordres

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