Hommage à Samuel Beckett.... Drôle de Rencontre...

Publié le par La Porte Bleue - D. Antoniotti

A ce stade je ne sais plus trop si je dois continuer ou bien m'arrêter d'écrire... mais il y a ces images, ces idées, ces souvenirs... je dois les fixer...Bon ! je sors prendre l'air, chercher quelque chose ou quelqu'un à me mettre sous la dent, capturer l'idée et l'enfermer.
Lieu : rame du métro ligne 8 (le nom de la station précédente ou à venir on s'en fiche ça n'apporte rien à l'histoire) Lecture de Murphy de Samuel Beckett .... ... ...
(je ne cite pas le passage du bouquin, de toute façon c'est comme la station de métro ça n'apporte rien de plus à l'histoire, alors les petits points feront l'affaire)
Je pense que si « Molloy » était assez simple à la lecture et bien je dois dire que Murphy me demande plus de concentration.
Et je me demande ce que fait donc ce personnage attaché dans sa berceuse de sorte qu'il ne puisse plus bouger.

D'un seul coup je me sens observée -ll faut dire que l'ambiance de Beckett peut parfois provoquer une certaine paranoïa- Je me concentre donc et je relis ma page, je me suis égarée dans mes foutues lignes.
suite de la Lecture de Murphy puis...
- faites bien attention très chère
bon, je suis concentrée sans aucun doute, mais tout de même que ma concentration soit telle que des dialogues en off s'insèrent dans ma lecture ?
- force est de constater que la lecture de Samuel Beckett pousse le lecteur à devenir « le » personnage.
Alors là, je crois bien que ça ne vient pas du livre ça ! je redescends un peu sur terre et je vois un homme face à moi, tout souriant, les bras croisés et légèrement penché dans ma direction. Il attend vraisemblablement une réaction de ma part.
- oui ? vous dites monsieur ?
- vous avez certainement lu Molloy n'est-ce pas ? et ceci est le deuxième livre de Beckett que vous lisez probablement.
je regarde les yeux écarquillés mon bouquin pour vérifier si la jaquette ne mentionne pas en gras «  hé ! ho !  ceci est le deuxième livre de Beckett que D. lit après avoir lu Molloy !!!
- voyez vous, on commence généralement par lire Molloy pour s'initier à Beckett
- ah bon ? et pourquoi ? dis-je un semblant énervé
- tout simplement parce que c'est le seul qui existe en livre de poche très chère
ben oui il a raison, c'est ce qui s'est passé, moi qui croyait que cet homme de je ne sais quel âge venant de je ne sais pas où, envoyé par je ne sais qui ? un devin, un ange ou un envoyé du diable ? et bien non.
- et si vous survivez à Murphy très chère vous ingurgiterez tout Beckett, ceux qui parlent de son œuvre et tous les autres.

(Si je survis à Murphy oui... ce qui est étrange c'est qu'il n'est pas nécessaire de lui répondre à cet... ce...bonhomme).

 

- Voyez-vous très chère, Beckett m'a ouvert l'esprit, les portes de la perception
Bon j'ai sûrement affaire à un illuminé mais ce n'est pas grave, il ne me drague pas, il ne sent pas mauvais et il n'est pas désagréable à regarder...
- Huxley ou Morrison ?
- plait-il ?
- les portes de la perception, d'Huxley ou Morrison ?
- oh ! vous avez lu Huxley demoiselle ?
- le Meilleur des Mondes et j'ai abandonné en cours de lecture les portes de la Perception
- et puis-je m'autoriser à vous demander pourquoi cet abandon ?
( bien sur que tu peux t'autoriser depuis tout à l'heure tu ne fais que ça bonhomme t'autoriser!)
- ça me rasait
- comment ?
- la mescaline rend sourd je vois
- hou hou hou !!!
(drôle de rire)
- je vois que vous n'êtes pas dépourvu d'un certain humour chère amie
(de très chère je passe à chère amie, c'est bon signe ça ?)
- oui c'est ce qu'on me dit, alors si j'ai bien compris vous avez trouvé en Beckett le « Moksha » d'Huxley ?
- êtes vous sûr de ne vous être cantonné qu'au meilleurs des mondes et une partie des portes vous ?
- oui
- Et bien, ma chère, Beckett n'est pas ou n'a pas été pour moi une drogue libératoire comme le Moksha
- (j'vais t'en mettre plein les yeux coco!)
- vous saviez que "Moksha" veut dire libération ?
- mais non vous me l'apprenez et je vous en remercie très chère.
(tu parles ! tu veux causer ? pourquoi pas ?)
- de toutes façons Beckett n'a aucun rapport avec Aldous je pense, à part peut-être cette espèce de vision béatifique que je retrouve dans ce que je lis de lui
- béatifique dites-vous ?
- oui Môssieur, prenez Moran par exemple son comportement est proche de l'exaltation non ? la recherche de Molloy est une quête spirituelle mise en mouvement, c'est assez étrange cela devrait être immatériel, incorporel alors que...
- le langage chère amie !
- comment ?
- oui très chère, le langage de Beckett n'est pas un langage ordinaire, les mots sont en perpétuel mouvement, je ne dis pas que les mots qu'il utilise n'ont pas le sens qu'ils devraient avoir, pas du tout, chaque mot veut dire exactement ce qu'il veut dire, mais chaque mot est une image, chaque phrase une pensée qui se meut, mais excusez-moi je ne suis pas très clair dans mes propos
- si... enfin... il faut que je me concentre pour visualiser un peu tout ça mais, je pense comprendre...
- vous voyez ? vous visualisez mes mots...
- enfin c'est une expression que j'utili...
- t t t t t t ... vous essayez de voir plus loin que le mot et à travers les maux je devrais dire...
- Murphy n'est pas facile (voilà qu'il m'intéresse ce bonhomme)
- Murphy n'est pas un être facile non... mais n'essayez pas de comprendre chaque phrase ou chaque mot, vous en aurez une certaine image, vous visualiserez - pour reprendre votre expression - quelques passages ou pas du tout, mais cela n'a aucune importance, mais... vous me parliez d'exaltation à propos de Moran...
- oui, la recherche de Molloy, au fil de ma lecture il me semblait que Molloy était quelque chose de vital, comme une vérité, comme une preuve de l'existence, cela m'a fait penser à la quête du Saint-Graal ou...
- ou bien la quête de soi ?
- oui...il y a du mysticisme dans tout ça...
- voyez... nul besoin d'ingérer la substance d'un cactus indien pour trouver sa place ou du moins essayer de la trouver
- moi vous savez Castanéda j'ai abandonné au bout du 3ème bouquin
- hou hou hou !!!
- vous savez cher "Mossieur", que ce soit Huxley ou Castaneda je n'y comprends pas grand chose, j'aime bien cette période, cette culture psychédélique et puis peut être bien que l'ingestion de certaines drogues ont permis de découvrir le langage d'un certain art, le pop art par exemple
- mouais... vous savez tendre amie, nous abritons en nous même assez de substance pour découvrir pas mal de chose et cette substance là elle est tout ce qu'il y a de plus légale croyez-moi.
- quelle est cette substance ?
- à votre avis ?
- à non ! vous n'allez pas vous y mettre vous aussi ! vous connaissez Boris ?
- pardon très chère, je ne saisis guère votre...
- ne cherchez donc pas à saisir, j'aimerais bien savoir quelle est cette substance
- ce que nous sommes...
- heu... oui mais encore ?
- nos ignorances, connaissances, désirs, tout ce qui fait ce que chaque être est...
- et vous appelez ça de la... Substance ?
- oui...
- intéressant
- vous avez dans le regard mon enfant un je ne sais quoi de tristounet
D. ne peut s'empêcher de pouffer
- qu'ai-je donc dit de si amusant ?
- c'est que vous êtes tellement en décalage
- en décalage ?
- oui, votre façon de parler n'est pas en accord avec votre physique je trouve
l'homme se tâte les bras, le visage, ses cheveux blonds, il a tout au plus une quarantaine d'année.
- ah ? vous trouvez ?
- oui assez
l'homme se regarde dans la vitre du métro, il se touche à nouveau le visage
- en effet, aujourd'hui je dois dire qu'il ne m'ont pas tout à fait mis le physique adéquat, hier je me trouvais plus en accord, ma calvitie et mes rides correspondaient plus à mon langage.
- L'homme regarde D. en souriant
- que voulez-vous très chère, il en est ainsi, je n'arrête pas de leur dire là-haut de faire un peu plus attention, vous les humains êtes très à cheval sur les normes, les critères, le modèle, vous aimez associer certaines choses pour en qu'une seule, l'unique ! et quand vous l'obtenez vous vous demandez ce que c'est...
- heu... vous pouvez m'expliquer ce que vous venez de me dire là, je ne suis plus très....
- très chère ce serait un réel plaisir de continuer à converser jusqu'à la nuit des temps, mais je dois vous quittez, il ne me reste plus qu'une heure pour atteindre la capsule mais je vous assure que nous nous retrouverons bientôt et sachez doux moineau que cette discussion était un vrai délice, à bientôt !

L'homme sort du métro en sautillant, le bas de son imperméable virevoltant dans tous les sens, il sautillait toujours lorsque le métro où se trouvait D. se dirigeait dans le tunnel.

D. se regarde dans la vitre puis regarde la couverture de son livre, « Murphy »... l'ouvre, le feuillète, relève la tête, le regard soucieux, tâtonne doucement la place où se tenait son curieux interlocuteur, « non... ce ne peut être lui ? Murphy ? »


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Publié dans Textes... création

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