Mal-aise... (extrait de Innocente Douleur...)

Publié le par La Porte Bleue - D. Antoniotti

Douleur devait se lever ce matin là, la nuit avait été agitée, une fois de plus. Les cauchemars recommençaient et le téléphone avait sonné très tôt :

Sonnerie : Trois

Il aurait sonné des heures si elle n'avait pas décroché.

Le jour commençait à vouloir s'infiltrer dans le vasistas de la chambre, sa chambre.

Des draps en boule, un oreiller trempé.

Le lit de Douleur était vide, depuis un moment déjà... tout était vide autour d'elle.

Sonnerie : deux

La tête enfouie dans son oreiller douleur tend son bras péniblement vers le téléphone, ses doigts tremblants tâtonnent sur la table de nuit.

La main se pose sur le combiné et les doigts se crispent, la main reste là, glacée.

Sonnerie : deux

Il y aura sûrement un son, une voix, une vie si la main daigne soulever ce combiné et le conduire vers l'oreille.

Une voix, une vie,  tout était vide dans le monde de Douleur.

Le combiné se déplace lentement dans l'air, comme suspendu, une voix... des mots,  les mêmes qui se répètent, lancinants, désespérés.

- Allo ? allo ? allo ? D. tu es là ? Putain c'est toi ? Répond !!

la voix suit la route lentement vers l'oreille, vers la tête toujours enfouie dans l'oreiller humide.

- Oui ! C'est toi Carole ?

- des bruits, des pleurs, de la peur, de la panique...

- viens s'il te plait, je ne suis pas bien du tout

- attends Carole, je ne suis pas bien réveillée là, quelle heure est-il ?

- six heures par là, je sais pas, écoute vient chez moi, je suis pas bien, je sais que je ne devrais pas t'enmerder comme ça mais...

des bruits, des pleurs, de la peur, de la panique...

- mauvais treap c'est ça ?

- non !! Non !! Rien de tout ça je te jure !!! Je flippe D. j'ai une boule dans la gorge, j'ai l'impression d'avoir des vers sous la peau, des...

- d'accord, laisse moi un peu de temps pour émerger et j'arrive, reste au lit, couvre-toi, ne te lève pas, ne pense qu'à mon arrivée dans quelques minutes ok ? Je raccroche pour aller plus vite !

- oui...

La main de Douleur repose bruyamment le téléphone.

Un drap vole dans la pénombre et retombe sur le sol, deux jambes nues, deux pieds nus le piétinent, une femme de dos, nue, emprunte une porte.

Des bruits... des pas précipités... des marches d'escalier, un bruit étouffé au-dessus de la pièce sombre, des pas pressés, un peu n'importe comment.

de l'eau qui coule, une chasse d'eau, le silence pendant un moment.

Un gazouillis d'oiseau matinal, c'est au moins le printemps pour qu'il chante de si bonne heure.

Du bruit à nouveau, encore des pas mais plus lourds, des pieds chaussés, un claquement de porte.

Quelques marches dévalées, de la peur toujours, de la panique encore, des jambes qui courent puis plus rien,  que le gazouillis de l'oiseau.

Le drap sur le sol, le silence, la pièce vide et sombre, tout est vide autour de Douleur...

Un bruit... le froissement d'un tissu, le bois du lit qui craque, une main, un bras, qui tâtonne hésitant vers un réveil.

Le réveil est dans la main, un instant, puis la main le repose, il se renverse sur le côté...

Un son, un souffle...

Une voix,  un homme, quelques mots, ton triste, excédé mais calme.

- Pourquoi n'es-tu jamais revenu de ton monde ? si je savais... si je savais...



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