Enfance... (extrait de la Porte Bleue)

Publié le par La Porte Bleue - D. Antoniotti

J'aimais caresser marquis, sentir entre mes doigts son crin rugueux.

J'aimais le retrouver dans son écurie telle une femme infidèle retrouvant son amant.

J'aimais passer ma main sur sa robe.

J'aimais le brosser, l'étriller, le panser.

J'aimais lui parler comme à un frère, un ami, un confident...

Quelle émotion d'approcher ma bouche près de son oreille et lui raconter...

Il m'aidait à me souvenir... me souvenir de ces odeurs d'enfance disparus...

Memory... memory...

Odeur de café au lait... Madame Feuillère dans son petit appartement situé en plein cœur du Marais.

Le bruit de ses pas hésitants de vieille femme,  ses mains s'accrochant à la table lorsqu'elle oubliait de prendre sa canne.

Elle avait dû être si belle Madame Feuillère et elle l'était tant lorsqu'elle me racontait, se racontait sa jeunesse.

Je restais des heures à l'écouter du haut de mes dix ans à me parler dans son langage de vieille fée tout en dégustant un pain au chocolat de Monsieur Gorce.

Ses petits doigts noueux s'agitaient devant moi, c'était un véritable délice.

J'aimais ces jeudis après-midi...

J'aimais les odeurs, mes odeurs, mon enfance...

Oui, Marquis, tu faisais renaître en moi ces souvenirs.

J'aimais m'allonger sur ton dos pour mieux sentir ta fougue et ta douceur...

J'aimais que mon corps épouse le tien, qu'il sente ta chaleur,

Ta crinière était si rude qu'elle me laissait des marques sur la joue, cela me rassurait, je m'y agrippais pour mieux m'imprégner, c'était si bon.

J'avais même le droit de te sortir de l'écurie tu te souviens Marquis ?

Comme j'aimais ces ballades à tes côtés, ta docilité.

Toutes ces heures en ta compagnie à m'écouter pleurer et parfois rire.

La propriété était si grande, on aurait dit que la terre entière était ce lieu, interminable, infini.

L'immensité de ce lac, ces cygnes aguicheurs et hypocrites qui se targuaient de représenter la beauté... Sales bestioles je vous hais !

Le temps s'écoulait paisiblement à tes côtés Marquis, oui  il s'écoulait à ma grande tristesse.

Alors nous rentrions... et je te murmurais tristement, à demain...

Danièle Antoniotti

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Publié dans La Porte Bleue

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