"FRED SHOP" : SEQUENCE 5 - SCENE 2

Publié le par Laportebleue - Danièle Antoniotti

V – EXTERIEUR JOUR –  LES ABBESSES

SCENE 2 –

 

Le manège de la place tourne doucement pendant que les touristes photographient tout ce qu’ils peuvent du paysage montmartrois.

Fred flâne rue des Martyres il regarde sans trop d’intérêt les boutiques et les vitrines. Les gens ont refermé leurs parapluies et le soleil brille à nouveau.

Fred à retiré son manteau léger qui était trempé et s’arrête devant une boutique apparemment fermée.

Des livres et quelques objets anciens sont exposés.

Il colle sont front contre la vitre.  Bien que l’intérieur soit dans l’ombre on distingue sur le comptoir de bois blond des livres reliés et une caisse enregistreuse en métal argenté datant du début du siècle.

Des étagères, du même bois que le comptoir, abritent livres neufs et anciens.

Au fond du magasin dans la pénombre se dessine la silhouette d’une armure du 15ème siècle dont  la brillance du métal donne l’illusion d’un éclairage discret.

Fred soupire et regarde les clefs qu’il tient dans sa main.

Deux lettres argentées de style gothique forment un porte-clefs Les mêmes lettres sont  gravées sur la porte vitrée : Salieri Massimo, Libraire-Antiquaire.

Le « S » et le « M » dont la taille est supérieure se détachent des autres.

 

FRED

(murmurant)

Est-ce que ces deux lettres m’ont elles influencé au point d’être ce que je suis vieux débris ?

 

Il pose la main sur la poignée en cuivre.

 

VOIX

(faux accent italien prononcé)

Pas la peine beau gosse ! C’est fermé et ce n’est pas pour cause d’inventaire  je peux te le dire ! Je ne pense pas que le vieux Massimo soit d’attaque pour ouvrir demain !

 

Fred sursaute et retire rapidement sa main de la poignée comme un enfant pris en flagrant délit de connerie.

Il se retourne et bien que d’habitude sa taille l’avantage il doit lever la tête pour regarder d’où vient cette voix étrange.

Une longue chevelure d’un blond vénitien à la brillance peu naturelle entoure un visage maquillé et l’épaisse couche de fond de teint a du mal à dissimuler les quelques marbrures du menton.

 Deux grands yeux couleur noisette habillés de faux cils papillonnent en regardant Fred.

Un corsage rouge abrite une poitrine trop volumineuse et un peu trop haute. Sa jupe tailleur noire  laisse apparaitre des mollets musclés recouverts de bas résille.

Des chaussures à hauts talons emprisonnent des pieds dont la pointure dépasse le 42.

L’accent trop prononcé passe du grave à l’aigu.

Fred la détaille et dissimule difficilement la confusion dans son regard.

Une fois tous ces détails parvenus au cerveau de Fred, celui-ci répond enfin.

FRED

(détaché)

 je le sais qu’il n’ouvrira pas demain merci

 

ZAZA

(soupirant)

Il va me manquer ce brave Massimo… J’achetais tous mes livres chez lui et parfois  je m’asseyais sur le fauteuil du roi Arthur tu le vois là bas ?

 

De son long doigt habillé d’un faux ongle carmin Elle désigne un grand fauteuil de style médiéval.

 

ZAZA

On papotait des heures lui et moi. Faut dire aussi que je n’ai pas long à faire pour venir je ne travaille qu’à quelques mètres, sur le même trottoir là bas.

 

Fred penche la tête pour voir.

Un homme passe et se poste devant Zaza.

 

L’HOMME

Zaza ! Tu es éblouissante ma belle ! Si je n’étais pas fidèle comme une chienne à sa mère je te ferais du gringue !

 

ZAZA

(mimant une chanson de Dalida)

Parole ! Parole ! Parole !

Veux-tu te taire ? Allez va rejoindre ta pétasse au lieu de me reluquer va !

 

L’homme lui envoie un baiser de la main puis s’en va.

Fred , qui entre temps a allumé une cigarette, regarde Zaza amusé.

 

ZAZA

(ajustant sa coiffure)

Je te prie de m’excuser… un admirateur… Alors où j’en… oui ! Je travaille chez Madame Arthur et je fais mon show le mardi, le jeudi et le samedi soir. Et quand je répétai j’allais souvent voir Massimo pendant ma pause.

 

(soupir)

 

Puis elle se redresse et met ses mains sur ses hanches

 

ZAZA

Le show de Zaza ! Et Zaza c’est moi ! Tu ne devines pas qui j’incarne ?

 

D’un geste sensuel elle fait remonter sa chevelure le long de sa joue.

Fred tout en fumant fait mine de réfléchir.

 

FRED

Heu… attends une minute…. Sylvie Vartan ?

 

Zaza horrifiée plaque sa main sur sa bouche

 

ZAZA

Tu te fous de moi ? Sylvie Vartan si tu veux la voir c’est en face chez Michou !

 

FRED

(la dévisageant à outrance)

Une petite minute… en effet, le truc des cheveux me dit quelque chose… surtout l’enfer que me faisait subir ma mère à coup de 33 tours. Dalida c’est ça ?

 

ZAZA

(vexée)

S’il n’y avait que le truc des cheveux comme tu dis ! Tout de la Diva résonne en moi ! Trois jours par semaine je suis « La » Dalida ! Je suis danseuse professionnelle donc très sportive ! Et tu verrais le monde qui vient me voir mon chou !

 

Elle fait glisser ses mains le long de ses hanches et montre fièrement sa taille fine.

 

ZAZA

Je  suis le clou du spectacle ! Ma mission est de perpétuer la mémoire de mon idole, Ma déesse ! Viens voir mon show beau brun et tu seras subjuguée, sur le cul tu seras !

 

Elle le regarde de la tête aux pieds, papillonne des cils et ajoute.

 

ZAZA

Cul… qui, soit-dit en passant n’est pas mal du tout

 

Elle fronce soudain des sourcils, s’approche de Fred et le dévisage. Fred recule légèrement afin d’éviter d’étouffer entre ses deux seins gonflées à bloc.

 

ZAZA

Ces yeux, ce nez, mais dis moi…

 

Son regard passe du visage de Fred à la porte vitrée de la boutique.

 

ZAZA

Bingo ! Mais oui ! Depuis le début je me disais que ta trombine m’était familière ! Tu a des airs au vieux Massimo mais en plus jeune c’est dingue ! Tu serais un Salieri que ça ne m’étonnerait pas ! Et vu la dégaine et la jolie gueule que tu trimballes ça ne m’étonnerait pas que tu sois Frédéric ! J’en mettrais mes cheveux à couper !

 

Fred bouche bée regarde ce personnage qu’il n’a jamais vu l’appeler par son prénom.


ZAZA

(ton impératif)

En tous cas, j’espère que cette boutique restera ce qu’elle est, elle fait parti de mon décor !

 

Elle se rapproche à nouveau de Fred

      

ZAZA

(murmurant)

Oui, je me souviens maintenant… Il me semble bien t’avoir déjà vu dans le coin à une période et du jour au lendemain plus personne ! Bizarre… tu m’diras, ça ne me regarde pas mais…

  

FRED

(sec)

En effet, il serait risqué de te mêler de mes affaires Dalida !

Bon ! j’dois y aller ciao !

 

Fred s’apprête à partir lorsque la main de Zaza se pose sur son bras.

Le regard noir de Fred passe de la main posée sur son bras à Zaza.

Zaza retire sa main rapidement.

 

ZAZA

(grand sourire)

Oh ! Ne te fâche pas beau Frédéric ! Viens me voir un de ces soirs ! Ce soir si  tu veux ! Tu ne le regretteras pas tu verras et tu seras mon invité ! Tu n’as qu’à dire au grand black à l’entrée que tu viens de la part de Zaza, souviens toi ! Za-za !  Il te placera aux premières loges une bouteille de champ’ en prime , ça me ferait tant plaisir ! Oh tes yeux sont si bleus… si j’osais…

 

FRED

(recule brusquement)

Justement n’ose surtout pas !

 

Fred se retourne et s’en va tranquillement.

 

FRED

(ton aimable sans se retourner))

Et merci pour l’invitation et ad uno di questi giorni bomba sessuale (à un de ces jours bombe sexuelle)

 

Zaza attristée le regarde partir et murmure

 

ZAZA

Lei è così bello, (tu es si beau).

 

Elle part dans le sens inverse, réajuste sa jupe dans un geste féminin.

 

ZAZA

(fredonnant)

Il venait d’avoir 18 ans…. il était beau comme un enfant…

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