"FRED SHOP" SEQUENCE 6 - Projet Scénario
Dans sa cuisine américaine équipée d’appareils ménagers high-tech, son portable dans la poche et un écouteur à l’oreille Fred parle nerveusement tout en remuant une sauce tomate en train de mijoter.
Il porte un long tablier blanc de serveur de café où au bon emplacement est reproduit un sexe masculin.
Il essaie désespérément de placer un mot dans cette conversation animée.
FRED
(exaspéré)
Ascolti mamma, lo zio Massimo non sarà adirato con Lei da dove è lui... (écoute maman, l’oncle Massimo ne t’en voudras pas là où il est…)
Il trempe un doigt dans la sauce et la goûte. Il fait la grimace tout en rajoutant du sel.
FRED
quello è quello che Lei dice a me veda! mamma! (qu’est-ce que tu me racontes voyons maman !) et puis parle en français s’il te plait ! Si ça continue tu vas l’oublier totalement !
(…)
FRED
Non mais tu t’entends ? Tu commences à faire des fautes énormes de prononciation ! Force-toi à parler français avec tante Emma ok ? Pffff !!!! je ne sais plus ce que je te…
(…)
FRED
hein ? mais c’est quoi cette histoire de mauvais œil, va pas me foutre les j’tons hein ? L’urne de l’oncle Simo n’est pas dans ma chambre voyons ! Il ne peut rien voir de…
(Fred se tape le front)
…mais qu’est-ce que je suis en train de raconter moi ! Putain c’est pas vrai !
(…)
FRED
scusi mama, oui ! oui ! Mais n’hurle pas s’il te plait !
Fred enlève son écouteur pour se frotter l’oreille. Une voix stridente sort de l’écouteur, il replace l’écouteur et poursuit.
FRED
L’urne est placée dans un coin tranquille à l’abri des regards crois-moi.
Fred regarde le piano au fond du salon, en son centre est posée l’urne contenant les cendres de son oncle.
A ses côtés est posée une sculpture en bronze d’une trentaine de cm représentant un phallus en érection. Au-dessus fixé au mur, une photo de Robert Mapplethorpe représentant un homme au corps musclé en tenu de cuir à la pose équivoque.
FRED
Mais ! Pourquoi tu pleures maman voyons ?! Mais arrête de me dire ces trucs bordel ! Tu me fais peur à la fin ! Je te répète que ça ne peut pas porter malheur de…
(…)
Quoi ? Rapatrier le corps de papa à Milan ? … et l’urne avec ? Mais je ne sais pas si c’est possible un truc pareil ? Et puis on ne va tout de même pas déterrer… papa ?!
(…)
FRED
(grimaçant)
Mais c’est dégoûtant ! Comment peut-on faire ce genre de truc je…
Fred regarde la sauce tomate rouge vif en train de faire des clapotis. Comme pris par un haut de cœur il pose sa main sur sa bouche et s’accroche au plan de travail. Afin de se donner un peu d’air il s’évente à l’aide de son tablier.
FRED
(épuisé)
Mama écoute, on reparlera de tout ça plus tard, cette conversation me retourne le l’estomac…
Des sonneries répétitives et nerveuses retentissent à la porte.
FRED
(agacé)
Mama on sonne à la porte je te rappelle ! Comment qui sait ? Mais qu’est-ce qu’on s’en fout de savoir qui c’est ! Écoutes-moi bien j’ai 41 ans et il serait temps…
Les sonneries deviennent de plus en plus insistantes.
FRED
ouaiiiii j’arrive !! On se calme putain c’est pas vrai !
Fred ouvre la porte. D. échevelée et le regard noir rentre en trombe dans la pièce, elle balance lourdement un sac au sol et pose ses mains sur ses hanches en regardant furieusement Fred.
FRED
Non Mama ça ne crie pas du tout ! C’est la ligne qui est mauvaise. De toute façon il faut que je te laisse, D. vient d’arriver pour dîner et il faut que je mette l’eau des pâtes à…
(…)
D. retire son manteau le pose sur un mannequin de 2 mètres représentant Dark Vador dans la Guerre des Etoiles.
Voyant ce que D. vient de faire Fred lui ordonne aux moyens de grands gestes de retirer son manteau de la statue.
D. fait semblant de ne pas le voir puis apercevant l’urne sur le piano se met à rire.
Tout en continuant à rire elle fouille dans son sac à main et en sort un Smith et Wesson. Elle prend le bas de son tee-shirt pour le lustrer.
Elle ouvre le barillet, le fait tourner puis pose l’arme délicatement près de l’urne.
Elle se recule et regarde les bras croisés à la façon d’un peintre qui admire son œuvre achevé.
D.
Et voilà la touche finale pour le tonton flingueur !
Fred se retourne et remarque le revolver près de l’urne, horrifié il pose la main sur sa bouche puis brandit son poing à l’adresse de D.
FRED
(à bout de souffle)
Mama tu sais on ne va pas tarder à passer à table et puis la communication va te coûter un max !
(…)
FRED
Ok ! Ne te fâche pas, je te la passe ne quitte pas.
Fred arrache l’écouteur, le débranche de son portable puis le jette sur le canapé. Il s’approche de D. et lui donne son portable. Il lève les yeux en soupirant.
D. masque le portable de sa main.
FRED
(exaspéré)
Je te préviens D. elle est dans une forme olympique ! je pense qu’on doit lui mettre de la coke dans son Chianti c’est pas possible. Elle est dans un jour schizo-mystique et je vais de ce pas accrocher des gousses d’ail un peu partout sinon Dracula va venir me sucer dans la nuit.
D.
(murmure à l’adresse de Fred)
Regarde la Pro mon pote
(elle s’éclaircit la voix)
Mama Salieri ?! tutto va bene ! si si ! Frédéric va très bien, il a même refait la décoration de son appartement, je vous enverrai des photos si vous voulez !
Fred se retourne et la regarde méchamment. Il est près du piano et attrape du bout des doigts l’arme de D.
Il ouvre le sac à main de D et l’y dépose délicatement. Il s’essuie les mains sur son pantalon.
D. le regarde en souriant.
D.
Je vous comprends Mme Salieri, bien sûr, mais franchement je ne pense pas que le Père Benoît fasse des exorcismes vous savez ? A bon ? À Milan cette pratique est reconnue par l’église ? Ah… je ne le savais pas, vous en êtes certaine ?
Fred va retirer le manteau de D qui est posé sur Dark Vador, réajuste le casque brillant en marmonnant.
FRED
Putain ! l’unique modèle de Dark Vador qui a servi pour le film et qui m'a coûté la peau du cul et elle ose me foutre sa pelure dessus ? non mais je rêve ?!
Il se passe la main dans les cheveux et souffle puis va s’effondrer sur le canapé.
FRED
Quelle putain de journée !
Il fait des gestes à D. pour lui faire comprendre d’abréger la conversation.
D.
Bon ben … je crois que le dîner est prêt ! Je vous embrasse bien fort Mama Salieri, bonjour à toute la famille et Fred vous embrasse encore.
Fred, regarde D. il fait mine de jouet du violon. D. raccroche, pose ses deux mains sur sa tête et regarde Fred hébétée.
D.
En effet ta mère tient la grande forme, elle veut faire exorciser son jardin parce qu’il fait 666m2 et que c’est le chiffre du diable, tu te rends compte ?
FRED
Ma mère est complètement givrée parfois, c’est la tante Emma qui lui monte le bourrichon. Bon on s’en fout…
Fred tapote le canapé pour faire comprendre à D. de venir s’assoire. D. S’installe à côté de lui.
Fred regarde D. l’air éteint et dit d’un air épuisé.
FRED
Dis-moi matrixounette, j’ai la tête comme une couille pleine, je n’ai plus faim et j’ai besoin d’air, ça te dirait d’aller voir Dalida chanter ?
D. le regarde interloquée et fronce les sourcils d’inquiétude.
D.
Heu… bien …bien… bien… Dalida dis-tu ? … Tu ne veux pas un Xanax Fred ?